Romain Gary, penseur de l'imaginaire
On connaît Romain Gary le romancier. Ayant reçu deux fois le prix Goncourt, ce qui n’est pas commun, il est l’auteur de textes inoubliables. Ces derniers sont le reflet des expériences multiples d’un homme ayant vécu plusieurs vies, de la Résistance à la littérature et au cinéma, en passant par l’aviation et la carrière de diplomate. D’où son imaginaire foisonnant et diversifié. Toutefois, le plus intéressant ne semble pas être la place de l’imaginaire dans l’œuvre romanesque de Romain Gary, mais plutôt la pensée de l’auteur sur ce sujet essentiel qu’est l’imaginaire. Il est à peine nécessaire de préciser qu’ici le mot « imaginaire » ne doit pas être pris dans le sens de « ce qui se sépare du réel » mais dans celui de « filtre » à travers lequel les humains perçoivent la réalité, filtre qui détermine donc leur action. Que l’imaginaire soit au cœur de la littérature de Romain Gary, c’est assez évident et même plutôt banal : tous les romans, sans exception, expriment l’imaginaire d’un romancier. Mais chez lui, ce qu’il y a de singulier c’est que l’on trouve dans ses écrits, parfois en filigrane, parfois clairement exposée, une véritable théorie, une philosophie de l’imaginaire. C’est ce fil rouge que l’on suit ici, à travers différentes thématiques chères à l’auteur : l’amour, le courage, la dignité humaine, la guerre, la politique, la France, l’Europe des Lumières, l’avenir de l’humanité…
Cet essai s’appuie sur une étude de l’ensemble de l’œuvre garyenne, les romans bien sûr, mais également les nombreux articles que Gary a publiés, ainsi que ses textes à dimension autobiographique. L’angle de vue choisi, à savoir l’approche très personnelle de Gary s’agissant de la notion d’imaginaire, met en lumière l’aspect le plus politique d’un écrivain dont les ouvrages sont généralement commentés dans d’autres registres. Ce livre est aussi une porte d’entrée dans l’œuvre de Romain Gary, faisant apparaître sa profonde unité, malgré une diversité apparente en termes thématiques, poétiques et stylistiques… Cette cohérence d’ensemble se retrouve par-delà les différents pseudonymes utilisés par le romancier. Dans cette perspective, Gary et Ajar ne font qu’un, l’unité de l’œuvre rejoignant l’unité de l’homme.


