Le concert « Mezu Mezu », la langue et la terre

Ces derniers jours, on a vu se développer sur les réseaux sociaux une polémique concernant le concert « Corsu Mezu Mezu » de Marseille. Mon point de vue, exprimé ici à titre purement personnel, est qu’il faut distinguer deux questions très différentes.

La première est l’idée même de cette série de concerts. Certains, de bonne foi, soutiennent qu’il s’agit d’une démarche d’exotisation, de folklorisation, et finalement de dévaluation de notre culture transformée en un vulgaire bien de consommation. Pourtant, on peut tout aussi valablement évoquer le rôle potentiel d’amplificateur de la « musique commerciale », lorsqu’elle fait accéder à une certaine visibilité une culture vernaculaire et minorisée. Tout dépend de la façon dont les choses sont faites, et aussi de la manière dont elles sont reçues. De plus, la distinction entre « musique artistique » et « musique commerciale » n’est pas toujours aisée à établir. Par ailleurs, la notion même d’authenticité culturelle (sputichezza) est sans cesse à interroger. En Corse comme ailleurs, la langue, la culture et la musique sont le fruit de phénomènes d’hybridation anciens ou plus récents. Rappelons que de tels phénomènes, singulièrement en matière musicale, ont été extrêmement présents au sein des groupes culturels historiques du Riacquistu. Ce qui ne nous empêche pas, à titre individuel ou collectif, de conserver un certain attachement à un état de la langue ou à des formes musicales traditionnelles. Le débat est intéressant, dès l’instant où il ne se transforme pas en mise en cause des artistes qui ont fait le choix de participer à ce concert. Parmi ces derniers, on compte des militants historiques – et pas seulement des militants culturels, ce qui serait déjà beaucoup. Sur ce sujet, évitons de diviser le camp de ceux qui défendent la Corse, son peuple et sa culture. Chacun est libre, en fonction de ses préférences, d’assister ou non à un spectacle. En attendant, retrouvons-nous par-delà nos différences à la manifestation du 30 mai à Bastia pour défendre notre langue nationale.

La seconde question que je voulais évoquer en lien avec la soirée de Marseille est d’une autre nature et elle n’appelle pas à mon sens de débat : la distribution de flyers commerciaux à proximité du concert et indépendamment, semble-t-il, de la volonté des organisateurs. Il s’agit là d’un fait d’une insigne gravité : inciter ouvertement et sans vergogne des acheteurs étrangers à « vivre le rêve corse » en s’emparant de nos terres et de nos maisons.

Aussi, il semble indispensable que les différentes formations du mouvement national s’entendent – au moins sur ce point – pour dire leur refus définitif et déterminé de ce genre de démarches qui mettent en cause, à terme, la pérennité même du peuple corse sur sa terre.


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