Processus de Beauvau : réponse à François Alfonsi
J’ai été récemment mis en cause par François Alfonsi, éditorialiste d’Arritti et à ce titre titulaire du ministère orwellien de la Vérité, cette dernière ne pouvant émaner, on le sait, que de l’organe de Femu a Corsica.
L’auteur de l’article fustige « les
discours propagés sur les médias, notamment par l’ancien président de
l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, sur le caractère “inopérant”, selon
eux, de la réforme constitutionnelle engagée. (…) Ces propos flirtent avec
l’inconscience ! »[1]
Ce qui est considéré par
François Alfonsi comme relevant de « l’inconscience », c’est
d’afficher un désaccord, voire la moindre réserve à l’égard des positions du
courant dit « modéré » et de son chef de file, l’ancien président du
Conseil exécutif. Ces propos ressemblent davantage à ce que l’on pouvait lire
dans la Pravda de l’entre-deux-guerres qu’à ce que l’on est en droit d’attendre
d’un vieux journal nationaliste corse comme Arritti. Ils appellent de ma part
quelques observations…
En premier lieu,
s’agissant de mon « inconscience » supposée, je rappellerai que ma « conscience »
politique est née lorsque j’étais adolescent et que depuis elle ne m’a jamais
conduit, durant mon long parcours, ni à me renier ni à considérer que j’étais
détenteur de la vérité révélée. Aussi, il n’est pas dans mes habitudes de
donner des leçons, pas plus que d’en recevoir.
Les critiques que
j’exprime – et que je vais continuer à exprimer, n’en déplaise à François
Alfonsi – concernent des démarches politiques et non des personnes. Ce que je
dis et ce que dit également le mouvement auquel j’appartiens, c’est que la
signature de l’accord de Beauvau est une erreur tragique et que la meilleure
chose qui pourrait arriver aujourd’hui est l’abandon de ce processus. Il n’est
pas question ici de mettre en cause la bonne volonté ou le patriotisme de ceux
qui ont apposé leur paraphe sur le texte. Notre propos consiste à l’analyser
politiquement et juridiquement et à en conclure que non seulement il ne constitue
pas une avancée pour la Corse, mais que de plus il serait, s’il était adopté,
un obstacle à une nouvelle démarche qui pourrait être initiée plus tard dans
l’hypothèse d’une situation politique plus favorable. Qui peut croire que Paris
engagerait, en quelques années et sans rechigner, deux procédures de révision
constitutionnelle pour la Corse, alors que cela n’a jamais été fait depuis
1958 ?
Par ailleurs, prétendre notamment
qu’un statut de résident et une mesure de corsisation des emplois pourraient être
insérés dans la loi organique alors que l’écriture constitutionnelle ne le
permet pas, relève dans le meilleur des cas d’une grossière bévue. Un étudiant
de première année de droit sait qu’une loi organique ne pourra pas
contredire le principe constitutionnel d’égalité devant la loi, car il
aurait fallu pour cela que l’article constitutionnel le permette. Or il
l’interdit expressément.
En revanche, la
délibération de l’Assemblée de Corse du 8 mars 2018 que nous avions votée
ensemble le prévoyait[2]
(comme l’article 74 régissant l’autonomie de la Polynésie française), et elle
était accompagnée de surcroît d’une autre délibération réaffirmant l’existence
du peuple corse. L’accord de Beauvau ravale ce dernier au rang de simple
« communauté »…
Aujourd’hui, certains participants
au dîner de Beauvau semblent prendre leurs distances avec le processus,
rappelant que « l’autonomie c’est le pouvoir législatif ». Certes. Le
problème est qu’un réel pouvoir législatif n’était aucunement prévu par le
texte de Beauvau. (Voir à ce sujet le commentaire de l’accord par Carine David,
professeur de droit public et membre de l’Institut Universitaire de
France : « Un véritable pouvoir législatif autonome à
l'Assemblée de Corse parait voué à l'échec »[3]).
Cette prise de conscience
d’élus signataires, même si elle paraît un peu tardive, est de bon augure. Après
tout, Errare humanum est…
Cependant –
l’éditorialiste d’Arritti serait bien inspiré de s’en souvenir –, ...perseverare
diabolicum.
[1] Arritti du 2 avril 2026.
[2]
https://www.isula.corsica/Seance-publique-de-l-Assemblee-de-Corse-le-jeudi-8-mars-2018-les-deliberations-sont-en-ligne_a140.html
[3] U Ribombu, avril 2025.


