Point de vue sur l’affaire de Prunelli di Fiumorbu





Le Fiumorbu serait-il devenu un pays de racistes ? Cela me paraît peu probable, connaissant bien cette région où j’ai des attaches familiales et amicales particulièrement étroites. Il m’est donc douloureux de lire des articles procédant d’une accusation injuste et globalisante, à l’endroit, du reste, de l’ensemble des Corses. Que les habituels hystériques, contempteurs de notre peuple, s’en donnent à cœur joie, me touche finalement assez peu. Le pire, c’est de lire sur les réseaux sociaux des messages de félicitations de la part de ce que la France a produit de plus repoussant : les beaufs du Front National qui, pour une fois, en oublient même d’être anti-Corses, puisqu’ils sont davantage encore anti-Arabes.

Restent les faits, et ils sont préoccupants. L’initiative de l’équipe pédagogique aurait pu être discutée par les parents d’élèves. Pourquoi pas ? Ces derniers, membres ou non d’une association, pouvaient légitimement demander un entretien aux autorités scolaires. Personnellement, je ne vois pas très bien l’inconvénient attaché à l’apprentissage de mots nouveaux… Quelle que soit la langue, il s’agit évidemment d’une richesse. Cette semaine, hasard du calendrier, un conférencier présentait à Bastia une approche de la philosophie arabe. Il a utilisé deux ou trois mots de cette langue que je m’efforcerai désormais de retenir, de conserver comme un trésor.

Il y a donc une dimension irrationnelle dans les comportements observés ces derniers jours à Prunelli. Les propos sans doute, mais surtout les inscriptions sur les murs de l’école. Qu’un enfant, un seul enfant, ait pu être blessé par ces tags est une chose qui m’est tout à fait insupportable.

Comment comprendre cela ? Je ne vois pour ma part qu’une explication : le mal-être d’un peuple qui a lui-même été maltraité, qui a dû lui aussi avoir recours à l’exil pour trouver les conditions d’une vie meilleure sur le plan matériel. Et qui, plongé à nouveau dans les difficultés, est actuellement sur le point de renouer avec un exil que les générations antérieures ont bien connu. La détresse d’une communauté humaine en train de perdre sa propre langue et ses propres valeurs. Au point de ne pas se souvenir qu’au XVIIIe siècle, le paolisme sut montrer le chemin en instaurant, le premier en Europe, la tolérance religieuse dans un Etat indépendant. Accepterons-nous de voir ce peuple, le nôtre, ravalé au rang de banlieue française, réagissant par les mêmes réflexes pavloviens que le raciste français de base ? Affaiblis, matériellement et spirituellement, accepterons-nous comme une fatalité (et une facilité) de nous en prendre à plus faibles que nous ? Ou allons-nous relever la tête ?

Aux nouveaux arrivants, sachons imposer le respect en demeurant toujours parfaitement respectables. Non par l’insulte – marque suprême de faiblesse – mais en signifiant avec assurance qu’ici, c’est à nous qu’il appartient de créer les conditions de relations fraternelles. Car nous ne sommes pas une communauté parmi d’autres mais le seul peuple de droit sur la terre de Corse. Puisons en nous la force qui nous reste – et elle est considérable – pour demeurer fermes et généreux. Et surtout, veillons à ne plus nous faire applaudir par nos ennemis.

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