Evénements de Bastia : la voix des légumes







« Instrumentalisation de la jeunesse ». L’accusation a été maintes fois répétée sur les médias, s’agissant de ceux qui ont appelé à la manifestation de Bastia. Certes, l’angle d’attaque n’est pas nouveau : déjà, la CFR l’utilisait il y a quelques décennies, notamment contre Edmond Simeoni. À l’époque, les jeunes c’étaient nous ! Je dois à la vérité de dire que nous n’avons jamais été instrumentalisés, ni par Edmond ni par personne d'autre, et que nous avons fait ce que nous avons jugé bon de faire. Avec nos maladresses et nos excès, mais également avec notre sincérité.

Mais revenons en à aujourd’hui : vendredi 27 mars, le verdict tombait dans l’affaire Yvan Colonna. Dès le lundi matin, c’est-à-dire dès qu’ils ont pu, les lycéens et collégiens bastiais sortirent des établissements pour manifester leur colère. Personne ne leur avait demandé de le faire et personne n’en était informé. Ils avaient entendu répéter, durant plusieurs semaines, à la radio et ailleurs, qu’un innocent allait être condamné, avant d’en avoir la confirmation. Le comité de soutien et les avocats d’Yvan avaient communiqué à ce sujet de façon claire et énergique. Pour un jeune, cette chronique d’une injustice annoncée était encore plus insupportable que pour un adulte. Donc, le lundi matin eurent lieu les premiers incidents puis le drame ayant frappé Xavier Orsini. Dans les heures qui suivirent, la mauvaise foi des autorités françaises au sujet de ce drame faisait encore monter la tension. C’est à ce moment qu’à l’initiative de Corsica Libera était créée une cellule de crise. Le lendemain matin défilaient dans les rues de Bastia des centaines d’enfants prêts à se jeter sur les gardes mobiles. Les responsables de la cellule de crise estimèrent de leur devoir de ne pas les laisser faire, et les accompagnèrent au commissariat où ils avaient l’intention de se rendre pour exiger la libération d’un des leurs. En leur demandant de rester à distance des gardes mobiles, puis en obtenant de ces derniers qu’ils reculent également, les adultes présents ont, de toute évidence, désamorcé la tension et, très certainement, évité un nouveau drame.

Pendant ce temps, au lieu de chercher à intervenir dans le même sens, un certain nombre de donneurs de leçons et autres consciences morales autoproclamées s’installaient devant les micros pour crier à la manipulation des jeunes.

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Alors, que les choses soient bien claires : s’il n’y a plus eu d’enfants blessés, c’est grâce à l’intervention de Corsica Libera et de la « cellule de crise ». Ceux qui se sont affrontés le samedi suivant n’étaient pas des enfants mais, des deux côtés, des hommes ayant librement choisi de le faire. Les uns étaient payés pour cela et les autres ont agi par conscience politique.


Quant à nos donneurs de leçons qui sont restés dans leurs salons ou dans les studios de radio pour délivrer des messages venimeux, qu’ils comprennent bien qu’en nous accusant de manipuler les jeunes, à savoir nos propres enfants, ils ne sont plus dans le commentaire politique mais dans l’injure. Si nous voulions leur répondre sur le même registre, nous leur ferions observer que la plupart des hommes défendent leurs enfants lorsqu’ils sont en danger, ce qu’ils n’ont pas jugé bon de faire. Nous ajouterions que les animaux eux-mêmes protègent leur progéniture. Font-il alors partie du règne végétal ? Sont-ils des légumes, des plantes vertes, des pots de fleurs ?

Voilà ce que nous pourrions leur répondre.

S’ils valaient une réponse.



Jean-Guy Talamoni

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